Une rupture conventionnelle sans indemnité peut sembler être une solution simple pour quitter rapidement un emploi ou permettre à une entreprise de réduire ses coûts. En pratique, l’employeur doit verser une indemnité spécifique, même lorsque le salarié a peu d’ancienneté. Je détaille ici le montant minimal, les sommes dues au départ, la procédure d’homologation et les conséquences pour les droits au chômage.
L’essentiel à retenir avant de signer
- Indemnité obligatoire : une rupture conventionnelle homologuée ne peut pas être conclue avec un montant nul.
- Ancienneté : aucune durée minimale n’est exigée, mais le calcul se fait au prorata des mois de présence avant 8 mois.
- Minimum à respecter : l’indemnité doit au moins égaler l’indemnité légale ou conventionnelle de licenciement, selon la formule la plus favorable.
- Autres sommes : salaire, primes dues et congés payés non pris s’ajoutent à l’indemnité spécifique.
- Chômage : l’ARE peut être ouverte sous conditions, mais l’indemnisation n’est pas forcément immédiate.
Une indemnité à zéro n’est pas le bon scénario
La rupture conventionnelle est un accord amiable entre un employeur et un salarié en CDI. Elle ne peut être imposée par aucune des deux parties et ne fonctionne pas comme une démission ou un licenciement. En contrepartie de la fin négociée du contrat, le salarié perçoit une indemnité spécifique.
Le point important est souvent mal compris. Le salarié peut accepter le minimum légal, mais il ne peut pas renoncer à l’indemnité obligatoire pour obtenir plus facilement ses droits à l’assurance chômage. Une convention indiquant 0 euro risque d’être refusée lors de l’homologation, notamment parce que le montant minimal n’est pas respecté.
Le fait d’avoir moins de huit mois d’ancienneté ne transforme pas automatiquement l’indemnité en somme nulle. Le ministère du Travail précise que l’indemnité est due dès le premier mois, avec un calcul proportionnel au temps de présence. Par exemple, six mois d’ancienneté correspondent à la moitié d’une année dans la formule de calcul.
Ce qui est possible, en revanche, est de ne négocier aucune indemnité supplémentaire. Dans ce cas, l’employeur verse uniquement le montant légal ou conventionnel minimal. C’est une nuance importante, surtout dans les petites entreprises de restauration où la trésorerie peut rendre la négociation très sensible.
Comment calculer le minimum à verser
Le montant est négocié dans la convention, mais il ne peut pas être inférieur à l’indemnité légale de licenciement ou à l’indemnité prévue par la convention collective si celle-ci est plus favorable. Je conseille toujours de vérifier la convention collective applicable avant de discuter d’un chiffre, notamment dans les cafés, hôtels et restaurants.Le salaire de référence correspond généralement à la moyenne la plus favorable entre les douze derniers mois et les trois derniers mois. Les primes annuelles ou exceptionnelles peuvent devoir être réintégrées au prorata. Une erreur sur ce salaire de référence peut donc réduire artificiellement l’indemnité.
| Ancienneté | Formule légale minimale |
|---|---|
| Jusqu’à 10 ans | 1/4 de mois de salaire brut par année |
| Au-delà de 10 ans | 1/4 de mois par année jusqu’à 10 ans, puis 1/3 de mois par année supplémentaire |
| Moins de 8 mois | Calcul au prorata du nombre de mois de présence |
Exemple simple, avec un salaire de référence de 2 200 € brut et quatre années d’ancienneté. Le minimum légal représente 2 200 × 1/4 × 4, soit 2 200 € brut. Avec douze années d’ancienneté, le calcul devient 2 200 × 1/4 × 10, puis 2 200 × 1/3 × 2, soit environ 6 966,67 € brut.
La convention collective, le contrat de travail ou un usage interne peuvent prévoir une formule plus avantageuse. Dans ce cas, c’est le montant le plus favorable qui doit être retenu. Pour une entreprise, comparer les deux calculs avant l’entretien permet d’éviter une renégociation précipitée ou une demande d’homologation incomplète.Ce que le salarié reçoit réellement au départ
L’indemnité spécifique n’est pas la seule somme à régler. Le solde de tout compte comprend également les éléments de rémunération encore dus, comme le dernier salaire, les primes acquises, les heures supplémentaires validées ou certains avantages prévus au contrat.Les congés payés non pris donnent lieu à une indemnité compensatrice distincte. Ils ne peuvent pas servir à remplacer l’indemnité de rupture. Si un salarié quitte un restaurant avec plusieurs semaines de congés accumulées, les deux montants doivent apparaître séparément sur les documents de fin de contrat.
Il n’y a pas de préavis obligatoire en rupture conventionnelle. Les parties fixent une date de fin de contrat, à condition de respecter les délais de rétractation et d’homologation. Le salarié continue normalement à travailler jusqu’à cette date, sauf accord différent sur la prise de congés ou une dispense de présence.
| Somme ou document | Traitement |
|---|---|
| Indemnité spécifique | Obligatoire et au moins égale au minimum légal ou conventionnel |
| Salaire et primes dus | Payés au titre du travail réalisé ou des droits acquis |
| Congés payés non pris | Versés séparément sous forme d’indemnité compensatrice |
| Préavis | Non prévu dans ce mode de rupture |
| Documents de fin de contrat | Certificat de travail, attestation France Travail et reçu pour solde de tout compte |
J’ai souvent constaté que la confusion vient du mot « indemnité ». Un salarié peut recevoir peu au titre de la rupture tout en percevant une somme plus importante au total grâce aux congés, aux primes ou à une rémunération restant due. Il faut donc regarder l’ensemble du solde de tout compte, et non une seule ligne.
La procédure qui sécurise l’accord

La procédure commence par au moins un entretien entre l’employeur et le salarié. Cet échange sert à fixer le principe du départ, la date envisagée et le montant de l’indemnité. Le salarié peut se faire assister dans les conditions prévues par le Code du travail.
Après la signature, chaque partie dispose de 15 jours calendaires pour se rétracter, sans devoir justifier sa décision. Le délai commence le lendemain de la signature. Cette période est particulièrement utile lorsque le montant a été discuté trop rapidement ou lorsque le salarié découvre que l’accord ne correspond pas à ses besoins financiers.
À la fin du délai de rétractation, la convention est transmise à l’administration via TéléRC ou au moyen du formulaire prévu. La DDETS dispose ensuite de 15 jours ouvrables pour vérifier la validité de la convention. Sans réponse dans ce délai, l’homologation est considérée comme acquise.
La rupture ne peut pas prendre effet avant le lendemain de l’homologation. Dans une brasserie, un hôtel ou un établissement soumis à une forte saisonnalité, il faut donc anticiper le calendrier. Une signature en début de mois ne signifie pas automatiquement que le départ sera possible quelques jours plus tard.
L’employeur doit remettre un exemplaire signé de la convention au salarié. Une pression, une menace, un harcèlement ou une situation de consentement clairement vicié peuvent conduire à l’annulation de la rupture par le conseil de prud’hommes. Une bonne procédure ne consiste donc pas seulement à remplir un formulaire, mais aussi à conserver la preuve d’un accord libre et éclairé.
Chômage et coût réel pour l’entreprise
Une rupture conventionnelle peut ouvrir droit à l’ARE si le salarié remplit les conditions d’affiliation et s’inscrit auprès de France Travail. Elle ne garantit toutefois pas un paiement dès le lendemain. Le délai peut tenir compte des congés payés versés, d’une éventuelle indemnité supérieure au minimum légal et du délai d’attente de 7 jours.
France Travail applique notamment un différé spécifique lorsque l’indemnité dépasse le montant légal ou conventionnel. Plus la part supra-légale est importante, plus le début de l’allocation peut être repoussé, dans la limite prévue par les règles en vigueur. Le salarié doit donc comparer le gain immédiat d’une indemnité élevée avec son besoin de trésorerie dans les semaines suivantes.
Une évolution est prévue pour les fins de contrat fixées à compter du 1er septembre 2026. La durée maximale d’indemnisation liée à une rupture conventionnelle individuelle sera ramenée à 15 mois pour les personnes de moins de 55 ans et à 20,5 mois à partir de 55 ans, hors règles particulières et DROM-COM. Ce changement ne modifie pas le principe du calcul de l’ARE ni les délais de départ de l’indemnisation.
Pour l’employeur, le coût ne se limite pas à l’indemnité versée au salarié. Une contribution patronale spécifique de 40 % s’applique sur la part exonérée de cotisations sociales. Dans une petite entreprise, il faut donc établir un coût global comprenant l’indemnité, les charges éventuelles, les congés payés, le remplacement du salarié et le temps consacré à la procédure.Dans le secteur de la restauration, une négociation équilibrée peut aussi porter sur la date de sortie, la restitution du matériel, la clause de non-concurrence ou la transmission des informations opérationnelles. Ces éléments ne remplacent pas l’indemnité obligatoire, mais ils peuvent éviter un conflit au moment du départ.
La décision la plus sûre pour l’employeur comme pour le salarié
Pour le salarié, signer avec un montant nul n’est pas une bonne stratégie. Il vaut mieux demander le calcul écrit du minimum, vérifier la convention collective et contrôler que les congés, primes et documents de fin de contrat sont bien traités séparément.
Pour l’employeur, proposer directement une rupture « gratuite » expose à un refus d’homologation et à une contestation ultérieure. La méthode la plus solide consiste à préparer le salaire de référence, l’ancienneté, le coût total et le calendrier avant l’entretien.
La solution la plus simple est souvent une rupture conventionnelle au minimum légal ou conventionnel, avec une date clairement fixée et un dossier complet. Si le montant ou le consentement fait débat, un professionnel du droit social ou un expert-comptable peut sécuriser le calcul avant toute signature.